Gastronomie

Quels couteaux pour cuisiner et servir la gastronomie charentaise

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Quels couteaux pour cuisiner et servir la gastronomie charentaise

Les couteaux pour la gastronomie charentaise se rangent en cinq familles : couteau à huîtres court et rigide, couteau à découper à lame longue, couteau à pain dentelé, couteau à fromage et couteaux de table. Forgée, la lame gagne en poids et en équilibre ; emboutie, elle reste plus légère. Toutes se lavent à la main.

Couteaux pour la gastronomie charentaise : un geste, une lame

Un repas charentais enchaîne des gestes qui n’ont rien en commun. Ouvrir une huître demande de la force sur une coquille dure. Découper une volaille réclame de la longueur et de la finesse. Trancher une miche à croûte épaisse exige des dents. Un couteau unique fait tout cela mal, et parfois dangereusement.

La grille ci-dessous associe chaque moment du repas à sa lame.

Geste du repasCouteauCe qui compte dans la lame
Ouvrir les huîtresCouteau à huîtresCourte, rigide et pointue, avec une garde
Découper un rôti ou une volailleCouteau à découperLongue, fine, tranchant lisse
Trancher le painCouteau à painDentelée, plus longue que la miche n’est large
Servir le fromageCouteau à fromageFine ou ajourée, pointe fourchue
Manger à tableCouteau de tableTranchant net, manche bien en main

En cuisine, un couteau d’office complète la série pour émincer l’échalote d’une mignonnette ou parer une garniture. Reste à savoir comment chaque lame a été fabriquée : c’est ce qui décide de son poids, de sa tenue en main et de sa durée de vie.

Lame forgée ou lame emboutie : ce qui change en main

Deux procédés dominent la coutellerie, et leurs lames se distinguent dès la première découpe.

Deux façons de fabriquer une lame

  • Une barre d’acier chauffée jusqu’à devenir malléable, puis mise en forme au marteau, donne une lame forgée. Son épaisseur varie le long du profil, plus forte au talon, plus fine vers la pointe.
  • Une découpe à plat dans une tôle d’acier, à la manière d’un emporte-pièce, donne une lame emboutie, aussi appelée étampée. Elle est ensuite meulée et trempée, garde une épaisseur presque constante et pèse moins lourd.

Ce que le cuisinier sent en main

Une lame forgée pèse davantage, et ce poids accompagne la coupe : le couteau descend dans un rôti presque sans pression. Beaucoup de lames forgées portent une mitre, ce renflement d’acier entre la lame et le manche qui protège les doigts et ramène le point d’équilibre vers la main. La lame emboutie, plus légère et souvent sans mitre, se manie vite sur les petites tâches.

Les couteliers qui forgent prêtent aussi à l’acier martelé une structure plus serrée et un tranchant qui dure. Ces qualités relèvent de leur expérience d’atelier plutôt que d’une mesure publiée.

La soie, partie de l’acier qui entre dans le manche, compte aussi : quand lame et soie sortent d’une même pièce, le couteau gagne en solidité.

Le couteau forgé à la main et fabriqué en France

Un couteau artisanal fabriqué en France apporte d’abord de la traçabilité : le lieu de fabrication et la main qui l’a façonné sont connus. Un objet forgé par un artisan se répare plus volontiers qu’il ne se remplace : un tranchant se reprend, un manche s’entretient. Le poinçon frappé sur l’acier signe cette origine, à la façon d’une marque d’orfèvre.

Sur la côte atlantique, l’atelier Couteaux Morta forge ses couteaux à la main, à Saint-Nazaire : chaque lame est travaillée à chaud sous le marteau à partir d’une barre d’acier, puis laissée en finition brut de forge, avec les marques du travail visibles sur le métal. La lame et la soie n’y font qu’un, sans soudure, et le poinçon de l’atelier figure sur chaque pièce. Les manches sont taillés dans le Morta, le chêne fossilisé des marais de Brière, aux veinures uniques. Ce bois résiste bien à l’humidité ambiante d’une cuisine mais n’aime pas l’immersion, un détail qui compte au moment de la vaisselle. Pour une table charentaise, l’atelier propose des couteaux de cuisine comme des couteaux de table.

Huîtres de Marennes-Oléron ouvertes sur un lit de glace, couteau à huîtres posé sur un torchon de lin plié

Ouvrir les huîtres de Marennes-Oléron sans se blesser

Les huîtres Marennes Oléron bénéficient d’une indication géographique protégée enregistrée par l’Union européenne en 2009, selon l’INAO. D’après le groupement des ostréiculteurs-affineurs de l’appellation, leur affinage en claires, ces bassins peu profonds, s’étend sur plus de 3 000 hectares entre la Seudre et l’île d’Oléron. Deux dénominations portent en plus un Label Rouge : la fine de claire verte depuis 1989 et la pousse en claire depuis 1999.

Une lame courte, rigide et pointue signe le couteau à huîtres. La garde, petite collerette placée entre la lame et le manche, arrête la main si la pointe ripe sur la coquille. Le geste décrit par le groupement tient en cinq temps :

  1. Ouvrir les huîtres juste avant de les servir.
  2. Tenir l’huître à plat, coquille creuse vers le bas, charnière vers le poignet, dans la paume gauche pour un droitier.
  3. Poser le pouce vers le bout de la lame et engager la pointe entre les deux coquilles d’un mouvement de rotation.
  4. Sectionner le muscle d’un va-et-vient : il se trouve à peu près sous le majeur de la main qui tient l’huître.
  5. Détacher la chair de la coquille du dessus, retirer celle-ci et ôter les éclats avec l’eau de l’huître.

Le groupement décrit ce geste mains propres et sans protection. Pour un amateur, un torchon plié en plusieurs épaisseurs dans la paume, ou un gant de protection, ajoute une marge de sécurité. Gardez la pointe orientée à l’opposé de la main qui tient la coquille.

Côté assiette, les accords mets et cognac détaillent ce qui accompagne un plateau d’huîtres au fil du repas.

Découper un rôti ou une volaille aux articulations

Une lame longue et fine, au tranchant lisse, caractérise le couteau à découper. La longueur donne une tranche en un seul mouvement, sans aller-retour qui déchire la viande. La fourchette à découper, à deux dents, maintient la pièce piquée en un seul point, pour garder le jus.

Laissez d’abord reposer la pièce quelques minutes hors du four : le jus se répartit dans la chair au lieu de couler à la première entaille.

La volaille

  • Écartez la cuisse du corps, incisez la peau, puis cherchez l’articulation avec la pointe : la lame passe dans le joint sans forcer sur l’os.
  • Détachez les ailes de la même façon, à l’articulation.
  • Pour les blancs, incisez le long du bréchet, levez chaque filet entier, puis tranchez-le en biais sur la planche.

Le rôti

Un rôti se tranche perpendiculairement aux fibres de la viande. Coupées courtes, les fibres donnent une tranche plus tendre en bouche. Un rôti de bœuf servi avec une sauce au poivre flambée, l’une des recettes classiques au cognac, se tranche juste avant le service pour rester chaud.

Volaille rôtie dorée sur une planche en bois, couteau à découper à lame lisse et fourchette à deux dents

Trancher le pain et servir le fromage

Une lame dentelée, plus longue que la miche n’est large, équipe le couteau à pain. Ses dents attaquent la croûte sans écraser la mie si vous sciez doucement, sans appuyer. Une lame dentelée se réaffûte mal à la maison : confiez-la à un affûteur quand elle commence à accrocher.

Ce pain, souvent servi beurré avec les huîtres, appelle un beurre de la région : le beurre Charentes-Poitou bénéficie d’une appellation d’origine protégée, d’après l’INAO, qui reconnaît aussi les dénominations beurre des Charentes et beurre des Deux-Sèvres.

Pour le fromage, l’INAO range le chabichou du Poitou parmi les chèvres AOP. Son aire couvre l’est des Deux-Sèvres, l’ouest de la Vienne et le nord de la Charente. De forme tronconique, à la pâte ni trop moelleuse ni trop sèche, il se coupe de haut en bas en portions qui gardent chacune un peu de croûte et un peu de cœur. Il colle moins à la lame fine ou ajourée d’un couteau à fromage, dont la pointe fourchue sert la portion sans y mettre les doigts.

Prévoyez un couteau par famille de fromages, pour que les goûts ne se mélangent pas.

Dresser la table et servir jusqu’au digestif

À droite de l’assiette se posent les couteaux de table, tranchant tourné vers elle. Quand plusieurs plats se succèdent, ils s’alignent de l’extérieur vers l’intérieur, dans l’ordre du service. Le couteau à fromage arrive avec le plateau, jamais avant.

Dehors, un couteau qui glisse d’une table de jardin peut ébrécher sa pointe sur un dallage de pierre, un point à garder en tête au moment de choisir le sol d’une terrasse de repas.

Le digestif arrive une fois la table débarrassée. Pour les convives qui le souhaitent, un cognac se sert alors en petite quantité, dans un verre à cognac de forme tulipe qui rassemble les arômes, une carafe d’eau à portée de main. Température et gestes de service sont détaillés dans l’article consacré à la façon de boire le cognac.

Mains qui passent une lame de couteau sur une pierre à aiguiser humide

Entretenir un couteau de qualité au fil des repas

Un couteau de qualité dure quand trois habitudes deviennent des réflexes.

Le lavage, à la main et tout de suite

Lavez la lame à l’eau tiède avec une éponge douce, puis séchez-la aussitôt. Essuyez le manche en bois avec un chiffon sec, sans le laisser tremper. Le lave-vaisselle est à proscrire : chaleur, détergents et chocs contre les autres couverts abîment le fil comme le manche. Rincez le couteau à huîtres dès la fin du plateau, car l’eau de mer laisse du sel sur l’acier.

L’affûtage, au fusil puis à la pierre

  • Le fusil redresse le fil entre deux usages, quand le tranchant se couche sans avoir perdu de matière.
  • Quand le fusil ne rend plus le tranchant, la pierre à aiguiser le reforme. Mouillez une pierre à eau avant usage et gardez toujours le même angle tout au long de la lame.

Travaillez sur une planche en bois ou en matière souple. Le verre, le marbre, l’ardoise et la porcelaine d’une assiette émoussent un fil en quelques coupes.

Le rangement, jamais en vrac

Un étui, un bloc ou une barre aimantée protègent le fil. En vrac dans un tiroir, les lames s’entrechoquent, perdent leur tranchant et coupent la main qui fouille.

Prochaine étape : avant le prochain repas, regardez chaque tranchant de face, sous une lampe. Un fil en bon état reste invisible ; les points qui renvoient la lumière signalent un tranchant couché ou émoussé. Fusil pour le premier, pierre pour le second. Repérez ensuite dans la grille du début le geste pour lequel il vous manque une lame : c’est elle qui entre la première dans votre cuisine.